ZANG TUMMM TUMB ARTICLES “the first draft of history”

Duels

ANONYMAT/SUCCES, DUSSELDORF/LONDRES, TUBES/CHOSES A DIRE, CLIPS/IMAGINATION, CLAUDIA/RALF, MICHAEL/SUZANNE, UN PAR UN LES PROPAGANDA CROISENT LE FER AVEC GERARD BAR-DAVID.

«Congregatio de propaganda fide» : («Pour propager la foi»—La Compagnie de Jesus)

La foi, ça va. Merci. Six mois pour transformer le quatuor robotique de la ZTT en lame de fond vertigineuse, Propaganda se propage en tous terrains. Pour nous autres rockers «les quatre de Dusseldorf incarnent la filiation directe de Kraftwerk aux Sex Pistols». Pour les lectrices de ELLE, Propaganda est sans doute «très mode et caetera», ceux de lHUMA adhèreront «au rock revendicatif de ce socialisme synthétique avancé», ceux de FRANCE SOIR, reconnaîtront sans doute en eux «les nouveaux Abba». Comme dab, je parie que LIBE crache dans la choucroute et que PODIUM dévoile la marque «Petit Bateau» des culottes «Petit Bateau» de la chanteuse. Ils inaugurent la 5 ET la 6, sans rire, tous les rateliers bouffent du Propaganda et ça les rend furieusement intrigants.

Sous les spotlights multi-mediatiques, Propaganda révèle ses quatre invididualités. Exit lanonymat robotique de lépoque «Dr Mabuse», Claudia Brucken, Michael Mertens, Suzanne Freytag et Ralf Dorper incarnent aujourdhui la toute puissance du video power. En décembre dernier, Propaganda remplissait lEldorado, aujourdhui le Zenith y suffirait à peine.

Euro-et, pourquoi pas, Mondo-rock le groupe est le fruit parfait dune double défonce. Sonore, dabord, avec la production ZTT téléguidée par Trevor Horn. Defonce de marketing aussi, échaufaudée de main de maitre par Paul Morley, un ex-rock critique roué à toutes les ficelles du métier.

Pari gagné. En un seul album et un gig fugitif de quarante minutes à Paris, Propaganda est le groupe le plus grave du moment. Romance et aventures sonores à la Indiana Jones, mystère, suspense, coups de théâtres, la musique de Propaganda est un montage dimages. Mais elles sont si variées quelles nont guère le temps de suser.

Fugitive mais imparable, la dynamique Propaganda mérite dêtre cernée. Gagner sur tous les fronts et sur un seul disque, cest si rare de nos jours…

Un studio vidéo de plus à Boulogne, dans les odeurs de peinture fraiche, les Propaganda se sacrifient pour le département NRJ de la 6. Fromage, donc. Et dessert… avec linterview de Best en carré das.

CLAUDIA BRUCKEN

Blonde, chanteuse, originaire de la lointaine Bavaria, Claudia est la première pop star au tarin de Cléopâtre.

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Jules César, cest Paul Morley, le co-boss de Zang Tumb Tuum. Figure de proue de la Propagande, Claudia incarne létincelle militante qui enflamme toutes les notes de pochettes et les textes. La dialectique du charme se pratique à deux, je lai testée pour vous.

- Parlons de la citation de J.-G. Ballard au dos de «P Machinery».

Claudia Brucken: Pour moi, les positions politiques ne sont pas déplacées, même dans lunivers de la pop. Thatcher en Angleterre, le terrorisme en Allemagne, tout est lié. Baader, par exemple, est une réaction face à léducation hyper coincée imposée aux jeunes Allemands.

- Dailleurs toi tu as choisi de texpatrier au Royaume-Uni.

C.B.: Jai vingt-deux ans, je veux expérimenter différentes villes, différents pays, différentes vies. A Londres jai pu voir des tas dautres choses, cest très hygiénique pour la tête. Je suis fascinée par lattitude politique des jeunes Anglais lorsquils réagissent de manière viscérale face au gouvernement Thatcher.

- LAllemagne a été socialiste durant des années ; avec le recul cétait positif ou négatif?

C.B.: Sans lombre dun doute la social démocratie était dix fois plus positive que le pouvoir actuel. Kohl est une catastrophe, une pauvre marionnette du système.

- Ah, comme dans la vidéo de Propaganda…

C.B.: On voulait une vidéo abstraite et Zbig Rabichensky, le réalisateur a suggéré lidée des marionnettes. Le symbolisme est peut être facile, mais elles ont une forte coloration politique. Je nai rien contre les idéologies, je pense même quelles doivent sintroduire dans la musique. Contrairement à ce que beaucoup pensent, la pop music nest jamais tout-à-fait innocente.»

Paris, Zurich, Milan, New-York, re-Paris en passant par Londres; les Hilton sont sans doute confortables mais surtout bien ennuyeux. Lorsquelle retrouve son douillet foyer londonien, elle ronfle, cuisine ou peint des trucs abstraits. Lorsquon parle fringues, Claudia réplique Azzedine Alaïa ou Gaulthier. Quant au rock…

C.B.: Je suis très branchée Velvet Underground/Lou Reed. Lorsque nous avons fait ce titre, «Dr Mabuse», on sest dit quil incarnait le mal au masculin. La face B du maxi devait donc incarner le mal au féminin, nous avons donc choisi de reprendre «Femme Fatale». Chez Propaganda, on aime bien les situations parallèles. Toutes nos faces B ont une corrélation directe avec les faces A.

- Le mouvement Bauhaus opposait souvent le noir au blanc, on peut comparer ?

C.B.: Personnellement, je ne suis pas du tout influencée par le Bauhaus, mais cest vrai, dautres éléments de Propaganda y sont plus sensibles. On a chacun nos propres sources. Moi cest Marlène Dietrich et le Velvet, Suzanne adore Brecht et les Buzzcocks, Michael plane dans ses trucs classiques et Ralf se fait un revival «No Future 77» en permanence. Propaganda a un drôle déquipage. Nous jouons sans cesse avec des images. «Mabuse» incarnait le mal, «Duel» est une pop song à paillettes jusquau boutiste. Avec un nom comme Propaganda, tu peux vraiment emballer nimporte quoi».

RALF DORPER

Genre Tournesol, avec ses petites lunettes, Ralf Dorper cultive sans doute son look «professeur fou». En tout cas, il na pas lallure de ses passions punkisantes.

- Vu de lextérieur, le fonctionnement de Propaganda parait un peu obscur. Quel est ton rôle dans le groupe?

Ralf Dorper: En fait chacun touche à tout: musique, concept etc. Nous revendiquons notre identité pour chaque aspect de Propaganda. En ce moment, je fais moins de musique pour me consacrer au texte et au travail conceptuel.

- Tu viens de Dusseldorf; tu y es né et tu y as grandi, nest-ce pas?

R.D.: Affirmatif. Dusseldorf est une ville trop riche et trop clean, une cité de mode et dadministration.

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Le contraste est assez intéressant. Dusseldorf a toujours engendré des mouvements artistiques. Pour le rock, le groupe local de référence est bien sûr Kraftwerk. Cette ville a toujours été le noyau de la musique électronique allemande, peut-être sommes-nous le prolongement de cette tradition.

- Tu vis encore là bas?

R.D.: Oui, car pour moi, Dusseldorf est lendroit idéal, même si avec Propaganda nous travaillons toujours en Angleterre. Mais rien nest immuable dans ce groupe, je parie que notre prochain album sera enregistré ailleurs. Pourquoi pas à Paris. Propaganda na pas de base géographique fixe.

- Quel âge as-tu?

R.D.: Jai vingt-six ans.

- Tu as un hobby?

R.D.: Oui je collectionne les disques punk. Tu comprends, pour moi, la musique démarre à la fin des seventies avec le punk. Mon tout premier disque fut enregistré dans ma chambre sur un 4 pistes. On le distribuait nous-mêmes.

- Tu étais punk?

R.D.: Pas exactement, disons que je pratiquais de la musique électronique experimentale et destroy. Avec mon second groupe, Krupps on a même décroché un hit en travaillant uniquement sur des percus métalliques. Quant à ma collection de disques, jai surtout une très belle série de singles rares ou en tirage limité de groupes disparus: Thomas Lear, les premiers Human League ou quelques raretés Factory. On retrouve cette tendance punk sur le titre «Jewel», le B side de «Duel». Avec Propaganda nous aimons multiplier les idées et les balancer à différents niveaux pour brouiller les pistes.

- Tu ne crains pas que tout cela échappe au public de base, celui qui achète «P Machinery» au supermarché local?

R.D.: Nous voulons fabriquer de la pop et nous voulons quelle se vende, mais ceux qui veulent regarder notre musique de plus près auront au moins le choix de découvrir un autre niveau. La pop aujourdhui est désespérément vide. Je crois que le public attend quelque chose dautre quune jolie coquille. Il faut quil sache que ce quil recherche est désormais disponible sur le marché: Propaganda. Nous, on joue révolution permanente. Tiens, par exemple jai lair sérieux tandis que Mike est franchement plus rigolo. Eh bien ça va changer. Demain il sera un mystique sarcastique et vice versa.

- Dernière question… quel est ton plat allemand favori?

R.D.: Les pommes de terre. »

MICHAEL MERTENS

Yeux verts, lèvres fines, environ trente ans, jimagine assez Michael Mertens, le romantique de Propaganda, en habits dix huitième, jouant dans un chateau fou quelque part en Bavière. En fait Michael est originaire de Stendhal, RDA. Qui sait, jai peut-être enfin interviewé mon premier agitateur rouge.

Michael Mertens: Mes parents se sont échappés de RDA lorsque javais trois ans. Heureuse initiative. Hélas, mon grand père est encore là-bas. Il vient nous voir de temps en temps, mais il se refuse à quitter sa terre. Elle représente toute sa vie.

- Quel est ta fonction chez Propaganda SA?

M.M.: Je suis responsable du travail musical, de récriture des morceaux. Je suis sans cesse à la recherche de nouvelles trouvailles sonores. Je suis un musicien professionnel, jai passé des années au conservatoire et jen suis sorti avec un prix de percussions. Je fais aussi des claviers, je programme les machines. Avant de rencontrer Ralf, je bossais pour un orchestre symphonique; la transition a été brutale mais passionnante. Jétais très excité par toute lidée des instruments électroniques. Dès que jai posé les mains sur ces machines, létendue de leurs possibilités ma donné le vertige.

- Au fait comment sest passée ta rencontre avec Ralf?

M.M.: De manière tout-à-fait accidentelle. Javais une petite boite à rythmes à vendre et jai passé une annonce dans un canard de Dusseldorf pour men débarrasser.

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Comme Ralf la voulait, il a débarqué chez moi pour lessayer. Tout lespace de ma chambre était encombrédinstruments divers, de percus, de marimbas. Ralf ma posé un tas de questions sur mes activités et on est devenus potes.

- En fait tu es une sorte dexplorateur du son plutôt quun collectionneur?

M.M.: Cest vrai car je ne collectionne pas vraiment les instruments, disons que jessaie plutôt de dénicher dautres sources sonores pour nous sortir de nos habitudes. A Cologne, au Symphonic Orchestra, ils ont une salle entière où sentassent des percussions venant de toute la planète. Jai travaillé avec eux, on se connait assez bien, alors de temps en temps je leur emprunte quelques instruments pour les échantillonner sur flexi disc. Je me balade sans cesse avec un Walkman Sony Pro, ça me permet de prélever mes échantillons à peu près nimporte où. Pour la plupart des bruitages cest largement suffisant. Parfois nous échantillonnons directement au studio et on injecte le son dans le Synclavier, la qualité est parfaite.

Cest ainsi que jai échantillonné et usé Stewart Copeland pour «Duel». Un soir Trevor (Horn) nous a amené Copeland au studio. Il a joué directement sur le titre, mais ça ne collait pas. Sa batterie était trop identifiable. Alors nous lavons mis en boite pour ne garder que les sons les plus hauts comme les cymbales. Stewart Copeland peut disparaitre, son flexi disc lui survivra à jamais.

- En dehors de Stewart Copeland, quel est le dernier son étrange que tu aies capturé?

M.M.: Lorsque nous étions à Liverpool nous sommes allés visiter cette rade où des bateaux étaient abandonnés comme des vaisseaux fantômes. Lacoustique y était incroyable. Il suffisait de percuter les parois avec un marteau et grâce à lécho, le son se répercutait. On a aussi pris quelques sons de machines car nous en faisons une très forte consommation, il suffit découter les moteurs utilisés sur «Jewel». Bien sûr, tout cela nest pas spectaculairement nouveau, dautres lont fait avant nous, mais jaime assez être un Frankeinstein du son digital.

- Avec toutes ces trouvailles sonores, Propaganda fonctionne un peu comme un film pour aveugles.

M.M.: Yeah… beaucoup de gens nous lont dit, nous essayons toujours de créer des images musicales. Car la musique est aussi sensuelle quoptique; si tu lécoutes bien tu VOIS des tas de choses, à condition de débrider ton imagination. La musique de Propaganda cest aussi la liberté pour les images des autres car nous leur préservons toujours assez despace pour quelles puissent se développer. Les gens doivent utiliser leur imagination au lieu de se contenter de consommer celle des autres.»

SUZANNE FREYTAG

Blonde aussi, mais encore plus jolie, Vénus un peu maigre mais Vénus quand même, Suzanne a une manière de vous fixer de ses yeux bleus qui peut vous liquéfier. Lorsquelle tire la langue sur la vidéo de «P Machinery», la sensualité nous expédie dans ses filets. A 25 ans, la responsable du département séduction de Propaganda ne se défend pas vraiment «à corps perdu».

- Si on parlait de «Frozen Faces», la face B de «P Machinery»?

Suzanne Freytag: Si ce titre a lair quelque peu expérimental, cest quil a été enregistré de manière parfaitement spontanée. Claudia et moi avons écrit le texte un soir à Dusseldorf. En ce moment nous travaillons en Ecosse car le bassiste Derek Forbes, qui nous a accompagnés en tournée, un ex-Simple Minds, y possède une superbe baraque en pleine campagne. Il nous a offert son studio de répète pour bosser. Ralf et Michael sont venus dAllemagne, Claudia et moi de Londres et Propaganda sest retrouvé chez Derek.

- Dans la galerie de portraits Propaganda, Claudia est un peu la diva politisée, Ralf le mec sérieux, Michael le petit rigolo branché classique et toi tu tires la langue dans tes vidéos.

S.F.: Eh oui je suis assez inattendue, la langue est la meilleure et la pire des choses.

- Es-tu une bonne fée ou une sorcière?

S.F.: Je crois être une bonne fée, mais on nest jamais sûr de rien.

- Pourquoi avoir quitté Dusseldorf pour Londres?

S.F.: Tu sais jai 25 ans et je vis à Londres depuis juin dernier. Jai donc passé toute ma vie à Dusseldorf, javais envie despace urbain. Notre signature sur un label anglais fut pour moi une chance inespérée. Jadore Londres, la preuve, jy ai même choisi mon boyfriend.

- Si tu nétais pas Suzanne—de—Propaganda, voudrais-tu être actrice?

S.F.: Jen ai toujours rêvé, mais cest un peu tard pour les cours dart dramatique. A Dusseldorf je bossais parfois dans un théâtre pour me faire de largent de poche, ça me faisait rêver. Jai une formation dorfèvre dart; jai passé des années à lécole pour apprendre à dessiner des bijoux.

- Tu lis beaucoup?

S.F.: Des bouquins, des magazines allemands à Londres, des trucs variés comme «A la Recherche du Temps Perdu» de Marcel Proust en traduction car jai appris le français à lécole, mais je manque dentrainement pour déchiffrer un texte.

- Quel est ton rêve/fantasme?

S.F.: Peut être faire lamour dans un avion de ligne, je nai encore jamais essayé.

- Que détestes-tu chez toi et à lopposé quest-ce que tu aimes le plus?

S.F.: Je peux être très paresseuse, mais je crois que je maime beaucoup en général. Tu dois être capable de taimer si tu veux pouvoir aimer les autres.

- Si tu nétais pas une Propaganda qui serais-tu?

S.F.: Je ne sais pas moi… une espionne.»

Propos recueillis par Gérard BAR-DAVID